Identifiant : agriculture2022. Statut : connectée

Pour ce numéro, le DataMag retrousse ses manches ! 

Parler d’agreekculteurs, c’est un peu exagéré ? Faire de l’agriculture un domaine-phare de la data ou de l’IA, c’est une vision d’idéaliste futuriste ? Eh bien, pas du tout ! Loin de l’image déconnectée que l’on peut avoir de l’agriculture et de ses métiers, celle-ci se hisse souvent au top des podiums de l’innovation. Après tout, de son évolution dépend pour beaucoup l’avenir de notre planète et entièrement ce qu’il y aura demain dans nos assiettes. Alors une agriculture qui sème et récolte de la data, ça ressemble à quoi ?   

Récolte, exploitation : l’agriculture sillonne déjà le terrain de la data 

La numérisation des exploitations a démarré dès les années 1980 avec le minitel et les logiciels de gestion, suivis par le GPS dans les années 1990. Aujourd’hui ? Place aux stations météos connectées, aux capteurs intelligents et aux images satellite. 

Une étude récente du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation analyse en détail cette numérisation, avec un taux d’équipement numérique des agriculteurs qui augmente. En 2019 (enquête Agrinautes), 67 % possèdent un ordinateur fixe (contre 78 % pour la moyenne française), 38 % une tablette (contre 41 %) et 69 % un smartphone (contre 75 %). 62 % utilisent au moins une appli agricole et 85 % surfent chaque jour sur Internet. Même si sur le terrain, les réalités sont très variables en fonction de la taille des exploitations et du secteur concerné. S’équiper nécessite aussi de le pouvoir (il existe de fait un déséquilibre entre ceux qui ont les moyens de se lancer et les autres) et de le vouloir (là c’est plus philosophique – voir OUI MAIS) ! 

Quoi qu’il en soit, le mouvement est là et un nouveau vocabulaire avec lui : agritech, agriculture 4.0, big data agricole, smart farming, agriculture de précision… Le monde agricole vibre de ses propres startups et incubateurs, de plus en plus actifs. Leur point commun ? Exploiter la data pour optimiser l’activité agricole. Une data elle-même en pleine expansion, issue des agriculteurs et de l’ensemble des outils connectés (systèmes embarqués dans les machines agricoles, capteurs, drones, appli, stations météo…)  

Mais à quoi sert-elle donc, cette numérisation agricole ? Excellente question !

LE MOT À RETENIR :

Agriculture de précision

Agriculture de précision : se dit d’une agriculture capable de limiter les intrants (engrais, produits chimiques, énergie) tout en optimisant l’exploitation (rentabilité, production, diminution des risques).  

L’agriculture de précision, c’est donc produire plus et mieux avec moins, grâce à un pilotage précis et en temps réel de l’ensemble des paramètres agricoles : météo, sols, irrigation… Une capacité de prédiction et une prise de décision facilitées, rendues possible par l’exploitation des données issues des outils connectés.  

Soyons fous ! Et si un usage ciblé de la data pouvait participer à résoudre… 

La faim dans le monde ? La protection de la planète ? La sauvegarde des métiers agricoles ? Eh bien c’est ce que pense une flopée d’économistes, de chercheurs, de collectifs professionnels et d’organisations internationales. Pour eux, la numérisation du monde agricole est un enjeu majeur de notre siècle. A ce point ?

Pourquoi ?  

Ces trois défis (sécurité alimentaire, rentabilité agricole, durabilité) sont liés. La population mondiale augmentant inexorablement (selon l’Insee, nous serons 9,7 milliards d’ici 2050) sur une planète avec des ressources naturelles limitées, il faut logiquement produire plus, mieux, avec moins. Problème, l’agriculture est une source majeure de pollution.

Selon l’ADEME, l’alimentation représente ¼ de l’empreinte carbone des Français tandis que l’agriculture est le 2ème émetteur de GES avec 19 % du total émis par le pays. Sa conclusion est évidente : la transition de l’agriculture et de l’alimentation est indispensable à la neutralité carbone.  

  

Concernant la responsabilité environnementale de l’agriculture, Anaël BIBARD (président de Climate Agriculture Alliance) précise que « si elle représente 19% des émissions de GES, son potentiel de séquestration est 8 fois plus élevé que celui des solutions industrielles de séquestration ! ». Il est donc essentiel de soutenir les agriculteurs dans leur démarche de transition et d’adaptation au changement climatique et de favoriser le développement de la confiance dans cette nouvelle industrie. Confiance pour les acheteurs sur l’impact de leurs efforts pour compenser leurs émissions résiduelles incompressibles, et confiance des agriculteurs dans le soutien de la puissance publique et des acteurs privés dans la durée.


L’accélération des programmes carbones agricoles passera par la data ! Grâce à une plateforme digitale fluide développée par FarmLEAP et un programme accessible pour les agriculteurs, la société Gaïago a ainsi déjà engagé plus de 100 000 tonnes de crédits carbones auprès des agriculteurs Français en 2022 !

C’est là que les technologies vertes peuvent aider et aident déjà. Elles ne remplacent pas des impératifs comme la diminution de la consommation de viande ou le développement de l’agroécologie, mais les accompagnent. Un exemple : le postulat “moins d’intrants, juste quand il le faut et seulement au bon endroit” devient réalité grâce aux outils d’aide à la décision (les fameux OAD). Si l’on sait en temps réel exactement sur quelle portion de parcelle intervenir, pour quelle variété, avec quelles données hydrométriques ou bactériologiques… bingo ! On gagne en temps, en efficacité et on perd en pénibilité. Parmi ces acteurs français du “smart farming” : Thegreendata, Visio-crop, SMAG, Weenat… Leur credo : bien employée, la data ouvre la voie à une efficacité et à une durabilité augmentées de l’agriculture. Une illustration : pour accompagner le groupe Danone dans son objectif de soutien de l’agriculture régénérative, la startup Thegreendata a développé un estimateur statistique des émissions de CO2 en élevage. Un outil d’évaluation innovant qui permet à l’acteur agroalimentaire d’estimer l’impact carbone de chaque élevage, d’identifier les leviers de réduction de ces émissions et de simuler des scénarios sur 5 ans.  

En France, un éleveur, Hervé Pillaud, défend inlassablement cette conviction que le futur durable de l’agriculture s’appuiera sur les nouvelles technologies. Il le résume dans cette interview : “Nous sommes en train de passer d’une agriculture intensive en intrants à une agriculture intensive en connaissances. Un entre-deux qui crée une incompréhension et des blocages, mais nous vivons une période d’énorme créativité.” 

Des blocages ? C’est-à-dire ?  

Contrôle des données : il n’y a pas que la météo qui annonce des tempêtes ! 

Qui dit données dit protection des données. Ce sujet est devenu une préoccupation majeure du monde agricole et à raison, face au risque de leur exploitation abusive par des mastodontes internationaux et acteurs du secteur (assureurs, plateformes de Cloud, équipementiers, semenciers…).

Comme partout, la data représente une énorme source de revenus potentiels. Le big data agricole, “l’or vert” comme le surnomment certains, est donc devenu très attirant. Une attraction renforcée par son importance stratégique dans notre futur à tous.  

Comment alors garder le contrôle sur ces données ?  

En France, les agriculteurs bénéficient de la RGPD pour leurs données personnelles ainsi que d’une « maîtrise d’usage » des données de leurs exploitations, que celles-ci soient saisies par eux-mêmes ou par un tiers. Un label, Data-agri, a été créé dans cette optique par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, afin que les exploitants puissent repérer les entreprises vertueuses vis-à-vis du traitement de leurs données. Les 4 grands principes de cette charte : lisibilité, transparence, maîtrise de l’usage et sécurité. La protection tente également de s’organiser au niveau européen.

Le consentement contractuel n’est pas encore systématique mais le projet de règlement Data Governance Act adopté par la Commission Européenne au mois d’avril dernier va sensiblement transformer les règles d’accès aux données professionnelles des agriculteurs. D’ailleurs, depuis 2020, un projet franco-allemand, Gaia-X, vise à définir les composants technologiques pour organiser les data spaces sectoriels européens. Et l’agriculture en est l’un des secteurs stratégiques avec comme projet phare Agdatahub et sa plateforme dédiée au secteur agricole pour le circulation de données (solutions d’échange de données Api-agro et d’identité numérique agricole et gestion de consentements Agriconsent).

Au-delà de la question de la protection des données, se pose aussi celle de leur utilité. Les produire, c’est bien, pouvoir les exploiter efficacement, c’est encore mieux ! Pour cela, les données collectées doivent être techniquement interopérables. A quoi bon s’organiser pour échanger si l’on ne parle pas le même langage ? Certains acteurs défendent également l’open data agricole, vectrice de bonnes pratiques et d’une dynamique de co-développement.

A ce stade, avez-vous repéré l’enjeu commun sous-jacent à toutes ces interrogations ?  

Eh oui, la confiance ! Pour que tout cela fonctionne, il est indispensable que les acteurs concernés puissent associer confiance et numérique. Un sujet qui nous préoccupe d’ailleurs tout autant au quotidien au sein du Groupe BPCE.  

Plus de lien, plus de jeunes : l’agriculture du futur, humaine et numérisée ?  

Le constat est là, pesant : alors qu’énormément de départs à la retraite se profilent, les métiers agricoles, souvent considérés comme difficiles, solitaires et peu rémunérateurs, peinent à recruter des jeunes. Un vrai problème pour un secteur aussi stratégique. Il y a donc un regain de confiance et d’attractivité qui doit se jouer entre l’agriculture et le reste de la société.  

Et aussi étonnant que cela puisse paraître pour certains, là aussi, la data a un rôle à jouer. Voici ce qu’en dit le fameux état des lieux national des grands enjeux de l’agriculture numérique : “Les solutions numériques pourraient concourir au renouvellement générationnel : 45 %  des agriculteurs actifs en 2016 auront atteint  l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite d’ici à 2026. Argument d’attractivité pour les jeunes, par la vision moderne et la réduction de la pénibilité du métier qu’elles proposent, elles peuvent aussi faciliter leurs premiers pas en comblant le déficit d’expérience et de connaissance, notamment pour un nouvel  installé non issu du milieu agricole.”  

De fait, les incubateurs et startups agricoles génèrent d’ores et déjà un regain d’attractivité pour le secteur, et développent des outils numériques faciles d’accès quel que soit le niveau de maîtrise technologique. 

Justement. Les agriculteurs utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour communiquer. Les outils spécialisés d’échange de données entre agriculteurs se multiplient, à l’instar de l’appli Companion, qui se définit elle-même comme une “communauté de plus de 6700 observateurs”. De véritables communautés se tissent ainsi… recréant un sentiment d’espoir et de confiance dans le futur agricole. 

OUI, MAIS… Éloge d’un savoir-faire connecté… au vivant !  

La numérisation de l’agriculture déchaîne aussi passions et réticences, notamment autour de la défense des savoir-faire ancestraux et du rapport à la terre. OGM à gogo, espèces de synthèse, cultures hors-sols, exploitations déshumanisées… Et si trop de connectivité entraînait une déconnexion du vivant ? Alors : agri low tech contre agri high tech ?  

Pas forcément ! Si nous vivons réellement une transition, c’est le bon moment pour imaginer un écosystème où plusieurs déclinaisons de l’agriculture durable cohabitent, voire s’épaulent. Certains s’y essaient déjà, à l’image des pratiques de co-farming associant esprit d’entraide et développement numérique.  

Interview d’experts

Il s’appelle Renaud Font, il est Directeur des Operations chez Agdatahub et il nous parle de data dans le monde agricole !

Le quiz qui teste vos connaissances

Voilà qui tombe bien, en parlant de capacité à se déconnecter et à se concentrer…. Qu’avez-vous retenu de cette passionnante et croissante relation entre l’agri et la data ? Vous êtes joueur ?

Top chrono, évaluez vos nouvelles connaissances en 10 questions et challengez vos amis !

Cliquer sur l’image pour accéder au quizz

Portrait de notre redac’ chef

Le Groupe BPCE cultive ses rédac’ chefs en interne. Cette fois-ci, c’est Magalie Cordier-Jubet de la Caisse d’Épargne Normandie qui prend la parole pour vous partager le pourquoi de ce thème pour le moins original ! 

  • Qui es-tu et que fais-tu au sein du Groupe BPCE ?  

Je m’appelle Magalie Cordier-Jubet, je suis Directrice Données et Pilotage à la Caisse d’Épargne Normandie depuis 5 ans. Ma mission consiste à animer la stratégie data de notre entreprise, son pilotage et l’acculturation des collaborateurs à ce sujet. 

  •  L’agriculture : passion personnelle ou intérêt professionnel ?  

Eh bien plutôt personnel, puisque j’ai moi-même grandi dans une famille d’agriculteurs ! Dans mon enfance, je me souviens que les données étaient déjà une source d’information et d’aide à la décision (prévision météo, suivi des cours des céréales…). Je m’y suis ensuite naturellement intéressée dans le cadre de mon évolution professionnelle.  

  • Si tu étais un métier agricole, tu serais… 

Cultivatrice ! Car on peut faire un parallèle simple avec la data : il s’agit de semer, récolter et générer de la valeur. Dans ces deux contextes apparemment très éloignés, on trouve ce contraste saisissant qui mêle le massif (la quantité des productions comme des données) avec une dose de précision indispensable. C’est-à-dire la juste compréhension de ce qu’il se passe en temps réel pour apporter une interprétation pertinente dans les apports et les usages. 

  • Si tu étais une région de France, tu serais…  

Je vais faire une réponse de Normande 😊 ! Je serais la région Centre, celle de mes racines, car j’ai grandi près d’Orléans. Et aussi la Normandie, ma région d’adoption depuis 5 ans. 

  • Si tu devais qualifier le métier agricole en 3 adjectifs, ce seraient…

Glocal, car ce métier doit prendre en considération le marché et les demandes internationales comme locales  : les deux sont stratégiques.  

Évolutif, car c’est un métier à la fois ancré dans la tradition et très contemporain, qui évolue avec les technologies à disposition. 

Connecté, à la terre et au digital.  

  • Un message à faire passer au sujet de ce n° du DataMag

J’espère que ce DataMag spécial agriculture participera à l’éveil de votre curiosité et aidera à combattre les idées reçues ! La data dans l’agriculture, ce n’est pas un sujet de demain : c’est une réalité qui existe depuis plusieurs années, c’est un sujet d’aujourd’hui.  

Bibliographie

Les sources les plus pédagogiques sur…